Jacques
GRISON

France

 

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Nous n'irons plus à la mine...

 

Les derniers mineurs de charbon en France
"La Lorraine, 20 septembre 2003 au puits Vouters à Merlebach, 23 avril 2004 au puits de La
Houve à Creutzwald, arrêt officiel de l'extraction du charbon. Les mineurs sont là, si émus
qu'on les dirait en deuil. Avec la fermeture des deux dernières mines de charbon françaises
encore en activité, c'est toute une page de leur histoire - de notre histoire - qui se tourne.
Une page dont ils conservent la mémoire dans leur chair.
Jamais, un étranger à la mine n’avait eu le privilège de partager la vie quotidienne de ses
Seigneurs. Lampiste, about, traceur, boute-feu, ripeur, électro., haveur ou porion,…, durant 3
années, ils ont permis à Jacques Grison, d’être là, parmi eux, où l’on creuse, où l’on boise,
où l’on roche, où l’on rabenasse, où l’on mange, où l’on chante, où l’on meurt parfois.

 

 

 

J’ai vécu avec eux par 900 et 1250 m de fond dans ces deux immenses chantiers mobiles, là où, dans chaque taille, plus de 2500 tonnes de matériel rampant permettent d’extraire jusqu’à 10 000 tonnes de houille par 24 heures.


Dès la cordée de 5h50, quand on quitte la nuit pour une autre nuit, plus profonde encore, et jusqu’à l’heure où l’on se dit « à demain », d’une poignée de main solide et protectrice, pour voler quelques heures de sommeil aux ténèbres, omniprésentes et familières, à force.
Aujourd’hui, il n’y a plus de mineurs de charbon en France. C’est tout un monde qui s’évanouit : un monde fort, héroïque, chargé de drames, et dans lequel la littérature et le cinéma ont largement puisé, au risque d’avoir gravé dans l’esprit du public une image désuète et caricaturale de cet univers consacré à la substance noire pour et par laquelle nombre de régions françaises, à commencer parl’Est de la Lorraine, ont vécu pendant plus d’un siècle.


C’est à cet univers, qu’on vient d’enterrer avec la dernière haveuse, que j’ai voulu rendre hommage à travers ce témoignage. C’est pour ces hommes désormais en deuil que j’ai voulu vivre la mine, au jour le jour…mais c’est à moi qu’ils ont offert le plus précieux des cadeaux en m’ouvrant grands leurs bras et leur coeur, et en permettant de garder, au jour, un peu de leur vie. La vie de ceux qui ont éteint leur lampe sur une partie importante de notre histoire.
Quelques photographies qui m’autoriseront peut-être à leur dire à mon tour Glück auf*.

Jacques Grison

* …à la joie de nous retrouver au jour !

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